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Compte-rendu de la Ronda par Patrice

Publié le par Nicolas CERISIER

Compte-rendu de la Ronda del cims en Andorre - par Patrice

Quelle chance que de retrouver son coach au bord du chemin au 90eme kilomètre d'une épreuve dans laquelle il est censé être encore en course. C'est en plus un moment où mon mental joue au yoyo et que je me demande ce que je fais là. En fait, je participe à la Ronda Del Cims en Andorre, un ultra réputé comme très difficile (peut-être trop pour moi).

C'est à cause de ce monstre que j'ai cherché un coach avec les critères suivants : coach, trailer de bon niveau, à l'aise dans le dénivelé, habitant une région plate. Pour moi, un tel profil me permettrait de trouver des clés pour franchir un cap après deux Diagonales des Fous terminées mais difficilement.
Résultat : depuis huit mois, Nicolas planifie et suit mon entraînement avec au programme de la course, du velo, de la musculation, du gainage, bref un menu complet pour espérer pouvoir terminer cette épreuve.

Je savais que c'était une course de toutes les extrêmes : 173kms, 13500m de D+, 16 cols a plus de 2400m, une altitude moyenne de plus de 2000m, une technicité énorme, un terrain très accidenté et très minéral, beaucoup de passages vertigineux, une difficulté qui varie mais toujours présente, un tracé droit dans la pente et beaucoup de passages à gué ou très humides. Mais la Ronda, c'est aussi des paysages fantastiques avec des vues panoramiques à foison, une nature très présente et intacte, des bénévoles aux petits soins et une organisation quasi sans failles. N'en jetez plus, la cour est pleine!

Je suis au départ la veille (le 15/07) à 7h00 au village d'Ordino. Un batucada donne le rythme, les coureurs sont concentrés. Après une intense minute de silence pour les victimes de l'attentat de Nice, les applaudissements des coureurs et un air d'opéra, un mini feu d'artifice donne le départ. Mon objectif est de terminer. Aussi, j'essaye de m'économiser un maximum en ne courant que quand c'est facile.

 

Compte-rendu de la Ronda par Patrice

Les premiers 20 kilomètres sont interminables avec une montée quasi continue heureusement entrecoupée de descentes qui permettent de soulager (un peu) les quadriceps. 1200m de D+ et 4h15 plus loin, c'est l'arrivée au premier ravitaillement. Bizarrement, je n'ai pas trop de jambes alors que je progresse sans efforts. Les difficultés s'enchaînent avec parfois un tracé dans les pierriers comme la montée vers le col d'Arcalis (mais aussi la descente sinon c'est pas drôle). À chaque ravitaillement, je prends un peu de temps pour bien récupérer car dès le 45eme kilomètre nous attend une autre grosse difficulté, la montée du Comapedrosa, le plus haut sommet d'Andorre qui culmine à 2950m. 800m de D+ et 2 kms à suivre les balises au milieux de pierriers et d'amas de roches. Parfois, il faut faire 2 pas pour seulement avancer d'un car j'ai tendance à glisser. Il me faut presque 2h pour enfin arriver au sommet au son de la cornemuse. Si.si, mon cerveau est bien alimenté en oxygène. Un musicien nous accueille par un petit air joyeux. J'ai une douleur assez forte à la cuisse. Je me repose en contemplant un paysage a 360 degrés fait de pics escarpés, d'alpages, de lacs bleus, verts, noirs scintillants dans la lumière du soleil couchant. Quelle récompense! Je ne traine pas trop car il y des passages de névé dans la descente et je veux éviter de le faire de nuit. Au poste de pointage suivant (refuge du Comapedrosa). il est temps de s'équiper en mode nuit. Le parcours qui arrive est un peu moins difficile et éclairé par la pleine lune. Je traverse les alpages dérangeant parfois des vaches ou des chevaux endormis. J'arrive à La Margineda, 1ère base vie située au 75eme kilomètre. Les 7kms de descente très technique avec 1400m de D- éprouvants, dangereux et surtout interminables qui ont précédé ont entamé un peu mon physique mais surtout mon moral. J'avais pourtant retrouvé mes jambes depuis le Comapedrosa. Il est 5h du matin mais je n'arrive à dormir que 15 minutes. Je n'ai pas non plus très faim et néglige l'alimentation (la grosse erreur!). Je repars pour 22kms et plus de 1300m de montée quasi continue vers le Pic Negre. Je ne le sais pas encore mais cette portion va être mon chemin de croix et ruiner mon objectif de 58h. Je n'avance pas, je n'ai pas de forces, je me fais dépasser régulièrement sans arriver à prendre un wagon, il fait très chaud, le soleil me brûle et Monsieur Abandon chante doucement au creux de mon oreille. C'est à ce moment que je croise Nico qui me parle de sa course, me donne des nouvelles du team, me remonte le moral même si on se perd un peu. Heureusement, il me reste un peu de lucidité pour m'apercevoir qu'il n'y a plus de balise. Ce petit intermède amical me fait du bien et j'arrive enfin à prendre le rythme d'un groupe de 4 coureurs. C'est dur mais le rythme impulsé est régulier. Je sens que la tendance s'inverse. Je retrouve peu à peu des forces et du moral. Je ne pense plus à l'objectif, juste à terminer. Nous atteignons enfin le Pic Negre qui n'arrêtait pas de s'éloigner au fur et à mesure de la progression. Je suis au 96eme kilomètre et 9000m de D+ avec la conviction que le vent vient de tourner. J'ai viré Monsieur Abandon et je reste avec le groupe d'amis où règne une grande solidarité. Chacun fait sa part du travail en prenant le relais régulièrement. Les postes de pointage défilent, le dénivelé s'accumule. Nous arrivons au refuge de l'Illa vers 21h45. La plante des pieds me brûlent et je suis obligé de mettre de la Nok quasiment à chaque arrêt. C'est parti pour la deuxième nuit. Le chemin est interminable, le plaisir n'est plus là, l'envie de dormir est omniprésente, le besoin de rejoindre le 130eme km et la base vie du Pas de la Case est la priorité. C'est fait vers 3h30. Faute de lit de camp, je suis assis sur une chaise, pas installé confortablement, me demandant pourquoi l'organisation à rationné les lits lorsque mon téléphone me réveille. Je viens de dormir 50 minutes et je me sens requinqué. Il reste 40kms et 2000 de D+. Nous tenons un petit conseil de guerre pour définir la gestion de la barrière horaire en fonction de nos douleurs, de la chaleur écrasante. Durant cette journée, il n'y aura plus de doutes sur l'issue de la course malgré la plante des pieds brûlantes et les coups de soleil. J'ai beaucoup d'énergie et je suis très à l'aise dans les montées. Le dernier col (col del Meners) est atteint enfin. Il ne reste plus que 16 kms de descente. Le refuge de Sorteny, dernier point de passage avant Ordino est atteint avec 2 heures d'avance sur la barrière horaire. Notre groupe se sépare à ce moment là et j'entame la dernière descente avec Corentin. Nous courons en continu sur ces 12 derniers kilomètres, surpris des forces qui nous restent et pressés d'en finir. Les derniers kilomètres sont ponctués par les applaudissements des habitants à leurs fenêtres, le son des klaxons des voitures qui nous croisent. L'arrivée est un moment très fort car réalisée dans un environnement sonore bruyant et indescriptible où se mêlent applaudissements du public présent et voix du speaker. Je suis tellement fatigué que je n'ai qu'une hâte : Rentrer. Je bois la bière du finisher, reçois la veste du finisher et rentre à l'hôtel pour le repos du finisher.

Je ne commence que maintenant à ressentir ce que j'ai vraiment accompli et je suis très fier d'avoir terminé, plutôt en bon état physique.

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