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Ut4M 90 km 2015 - Yohann

Publié le par Nicolas CERISIER

 

En ce samedi 22 août, je suis au départ de la course de l’UT4M (le 90 km), dans le village d’Uriage.

C’est le dernier gros objectif de la saison alors j’ai vraiment envie d’en profiter. Envie décuplée par le fait que la précédente course à laquelle je m’étais aligné (GTVO) avait été annulée quatre heures après le départ pour cause d’orages.

Nous sommes 360 coureurs. Nombreux sont ceux qui arborent les tee-shirts de l’UTMB ou de la Diagonale des Fous. A première vue, je me dis que le niveau va être relevé. Pour ne pas trop paniquer, je fixe mon attention sur un gars tout malingre qui prend le départ avec un tee-shirt et un bermuda en coton, une casquette qu’il a dû gagner à une fête foraine, un sac à dos difforme en me disant qu’il est fou !!

Ut4M 90 km 2015 - Yohann

Le départ

 

Pendant que le speaker rend hommage au vainqueur du MDS, aux coureurs malgaches et autres, je décide d’arrêter de cogiter et mon regard tombe sur un magasin de spécialités fromagères, juste de l’autre côté de la rue. Au milieu de la vitrine, trône un jambon digne du premier prix du concours du salon de l’agriculture. Je ne peux m’empêcher de me dire que si les organisateurs le mettaient sur la ligne d’arrivée, je serais prêt à faire n’importe quoi pour arriver le premier…

Perdu dans ses pensées, le départ est donné… Pour étirer le peloton, nous faisons un huit autour d’un château. Qui dit château, dit hauteur, ça met dans l’ambiance puis nous partons vers Chamrousse.

Pas de surprise, pour se rendre à la Croix de Chamrousse qui culmine à plus de 2200mètres d’altitude il faut grimper 15 kms. Ça se fait en douceur, même si je sens que je suis un poil rapide pour un départ. Au sommet, je suis content de ne pas trop souffrir de la chaleur. Je profite quelque peu du ravito. Je pense être mal classé car je n’ai pas doublé grand monde dans l’ascension mais je crois entendre une femme dire à son mari arrivé en même temps que moi qu’il est 72ème. Je crois avoir mal entendu et j’amorce donc la descente avec l’idée que je suis dans les 180.

Nous devons gérer une succession de petites descentes et de bosses, pas trop méchantes. Le plaisir est là, certains lacs sont magnifiques et je me ferais bien une petite sieste au bord de l’un d’eux pour profiter mais je pense au jambon qui m’attend sur la ligne d’arrivée et surtout les crampes font leur apparition…

J’amorce la montée au col du grand colon. Sur le profil de la course, je n’y avais pas spécialement prêté attention, j’avais juste repéré qu’il était à plus de 2200 mètres d’altitude mais alors une fois sur le terrain, je l’ai senti passer. Je commence à doubler du monde. Des coureurs se plaignent de la difficulté, d’autres font une pause au sommet et profitent de la vue : des planeurs sont presque à notre hauteur et on les voit jouer avec les courants ascendants. C’est chouette mais je ne m’attarde pas car je sais que m’attend une descente difficile et longue qui me mènera aux Freydières et moi, les descentes, je déteste… J’ai aussi très peur qu’un planeur se scratche sur moi !

Ut4M 90 km 2015 - Yohann

Col du grand colon

 

Finalement, la descente se passe bien et quand j’arrive au ravito, ma femme m’annonce que je suis dans les 50 premiers. J’aurais dû faire confiance à mon ouïe à Chamrousse. Je reste surpris et un peu inquiet car je me sens trop bien. Je baigne dans une sorte d’euphorie et je suis conscient de me laisser griser. Je sais que si je ne réduis pas le rythme, je vais le payer.

Coach Nico m’avait bien mis en garde et m’avait conseillé d’arriver frais au ravito de la mi course.

Je repars en direction de Saint Nazaire (45ème km) sauf que je ne réduis pas le rythme… Je me retrouve enfin dans la plaine et pour le coup il fait très chaud. Il me reste 5 kms à parcourir dans les maïs avant de rejoindre le ravito. Là, je commence à en baver et par conséquent je suis très loin de l’état de fraîcheur dans lequel je suis censé me trouver.

J’y retrouve ma femme, je ne suis pas bien au point que j’ai du mal à parler, à m’alimenter donc le mieux est que je ne reste pas longtemps. Je regarde autour de moi, tout le monde semble fatigué, d’autant qu’il y a des coureurs du 160kms partis la veille qui se restaurent. Il n’y en a qu’un qui a la banane : le gars au tee-shirt en coton et à la casquette pourrie… Nous repartons ensemble et il me met la misère d’entrée. Il pourrait au moins mettre un tee-shirt respirant. De quoi j’ai l’air avec mon matos raidlight… Je le trouve indécent (lol) !!

M’attend donc la montée vers le col de la Faita. Les jambes ne reviennent pas. Je trouve la montée extrêmement difficile et très longue. Je croise des coureurs du 160 qui appellent le PC course pour signaler leur abandon. Je passe par des émotions vraiment pas sympas, j’ai même envie d’arrêter. Évidemment, je m’accroche mais le plaisir n’est plus là. J’ai tout de même la lucidité de me dire que c’est une course qui fait aimer les… descentes ! Le fait de ne pas me faire doubler m’encourage à persévérer.

Arrivé au sommet, je profite quelque peu du ravito mais je sais qu’il me faut vite repartir sinon, je ne redécollerai pas. Avec la troisième féminine et mon ami à la casquette nous décidons de repartir ensemble, la nuit tombant. Très vite ils me lâchent, mais le fait de me retrouver seul dans la nuit est agréable. Le moral revient et je peux profiter à nouveau de la course.

Il nous faut gravir Chamechaude. Le sol est calcaire, très glissant. Je suis content de ne pas avoir à le faire en pleine chaleur et d’avoir suivi le protocole de renforcement des genoux prodigués par le coach... Arrivés au sommet, nous empruntons le même chemin pour redescendre. Ça me permet d’évaluer à quelle distance se trouvent les concurrents qui se trouvent derrière moi. Je prends le parti de ne pas courir dans la descente car j’ai peur de tomber.

En arrivant à Sappey, on m’annonce que je suis toujours 36ème et qu’il me reste 16 kms. M’attendent deux bosses et des descentes. J’ai envie d’en finir. Je repars avec Monsieur Casquette, qui reste imperturbable, le sourire jusqu’aux oreilles. Nous nous trompons de chemin, c’est l’occasion de plaisanter un peu et puis il me lâche, je ne le reverrai plus.

Assez rapidement, je pointe au dernier ravito, je sais que je vais finir. Je suis en avance sur le temps fixé avec Coach Nico. Le classement est au-delà de mes espérances alors je me dis que je vais profiter et que je vais finir en marchant. 

Ut4M 90 km 2015 - Yohann

Là ça commence à être dur!!

Je me fais doubler une fois, puis deux fois et enfin par deux gars d’un seul coup alors mon orgueil en prend un coup et je me remets à courir. Je prends tout de même le temps de regarder Grenoble illuminée, de lire les SMS que m’a envoyés le coach tout au long de la course.

J’ai l’impression que cette ligne d’arrivée recule à mesure que je fais un pas. On croise les fêtards qui finissent leur nuit et qui se demandent pourquoi on court ; les coureurs du 160 qui titubent ou qui dorment au bord de la route. J’arrive un peu avant 03h00, soit un peu moins de 18 heures de course et à la 42ème place.

Je cherche désespérément le jambon sur la ligne d’arrivée : RIEN ! Je suis déçu.

On offre un tee-shirt respirant à tous les finishers, je me dis que je connais quelqu’un à qui ça va servir… ou pas !

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