Compte-rendu Trail des hospitaliers 2015 - Nicolas CERISIER

Publié le par Nicolas CERISIER

« N’y pense même pas ». Et pourtant si que j’y pense, je n’ai même que ça en tête : abandonner. L’auteur du message s’en rendra vite compte. En remontant à moi dans la descente du grand col Ferret, Steeve trouvera une épave humaine. Incapable de courir, littéralement vidé par de gros soucis gastriques depuis 100 km, je rends mes running. C’était le samedi 29 août 2015, jour de l’UTMB ! Un jour censé me porter au plus haut de ma forme mais qui fût tout simplement l’un des pires moments sportifs de ma vie ! S’ensuivent inévitablement des moments de doute et de frustration. Qu’à cela ne tienne, l’échec est parait-il le fondement de la réussite !

Compte-rendu Trail des hospitaliers 2015 - Nicolas CERISIER

Festival des hospitaliers 2015

Fort de cette expérience, la préparation pour les hospitaliers se fera inévitablement sous le sceau du changement. Changement dans l’entrainement, avec des sorties qualité au détriment de la quantité et ce, afin de réveiller mon système nerveux autonome engourdi par trop de sorties longues estivales. Changement dans l’alimentation, de manière à cicatriser une muqueuse intestinale détraquée. Changement dans le renforcement musculaire, avec un retour à la salle de musculation délaissée aux beaux jours !

Profil des Hospitaliers - 75 kms. 4000m D+

Profil des Hospitaliers - 75 kms. 4000m D+

Mais tous ces changements induisent des inquiétudes. Ajoutons à cela une chute en VTT sur le genou 10 jours avant les Hospitaliers, et vous comprendrez que je n’étais pas si serein que cela. Dimanche 1er novembre à 5h, mes sensations sont donc mitigées. Un point fort tout de même pour moi qui fonctionne beaucoup à l’envie : il est annoncé un super temps pour toute la journée ! Je débute donc ma course prudemment, au feeling, et finalement je ne sentirai plus ma douleur au genou une fois le départ donné. Il est cependant une caractéristique commune à tous mes ultras : je hais les deux premières heures! Loin de faire exception, cette course-là renforcera même ce sentiment. Je suis loin de la tête de course et j’ai de mauvaises sensations musculaires. Mes adducteurs (tiens donc ils se réveillent eux ?!) me brûlent, certaines idées parasites me font entrevoir l’abandon. Chose improbable, un petit caillou de rien du tout qui est venu se loger dans ma chaussette a failli me faire craquer. Je le retire, me fais doubler… j'ai envie de hurler ! C’est étonnant comme le mental peut switcher d’un extrême à l’autre en l’espace d’un instant. Au lever du jour, je me sens mieux. Ou plutôt, les autres coureurs réduiront l’allure. Ce qui l’un dans l’autre revient au même : je me sens mieux ! Je remonte les coureurs un à un jusqu’à ce que l’un d’entre eux me dise : « dis-donc t’as l’air bien là, devant ça a explosé, je pense que tu peux remonter ». Sur le moment je me suis demandé si ce n’était pas un coup de bluff afin que je me grille par la suite. Peu importe, toujours à l’écoute de mes sensations, je remonte la tête de course. Après Saint-Jean du Bruel, je demande mon classement à un signaleur. Comme si cela allait de soi, il m’informe d’un air ébahi que je suis 2ème. Le premier, Rudy pour ne pas le citer, est à 3 minutes. Quelques instants après seulement, je l’aperçois et remonte assez facilement (enfin tout est relatif hein !) à lui.  Mais je le connais le bougre, je sais que c’est un compétiteur dans l’âme, il ne va pas me lâcher comme ça. On reste donc ensemble pendant toute l’ascension du Saint-Guiral, point culminant de cette course (1330 m). Je me ferai malgré tout la réflexion (peut-être erronée d’ailleurs) que je suis plus à l’aise que lui sur terrain technique. Alors qu’un mano a mano se profile, nous fumes victimes d’un débalisage au sommet du Saint-Guiral. Nous tournons en rond pendant 3 bonnes minutes ! A l’instinct, je fais alors le choix de suivre le sentier qui me parait le plus approprié, m’engageant sur le GR. Cette intuition s’est avéré la bonne. Je retrouve un peu plus bas le balisage. J'alerte Rudy qui ne m'entend pas. Certes, je ne fais pas demi-tour pour aller le chercher, mais esprit trail ou non, c'est pas le monde des bisounours non plus! A ce moment-là, nous sommes à mi-course : je suis donc en tête et ferai tout pour le rester. J’aurai de très bonnes sensations. Mental et physique agiront à l’unisson pour le meilleur. Les tapis de feuilles mortes cachant quelques cailloux méchants me rappelleront parfois à l’ordre. La vigilance est de rigueur, le temps n’est pas à la flânerie malgré de somptueux paysages magnifiés par les couleurs d’automne. Au contraire je suis très concentré, je sais ce que j’ai à faire : courir, relancer et m’hydrater. Cette mécanique bien huilée connaitra cependant une phase de remise en question. Au dernier ravitaillement de Cantobre (km 68), Karine (la femme de Rudy) m’annonce pour la première fois l’écart entre nous. Rudy n’est plus un « danger » pour moi ! Mais elle m’alerte par la même occasion de la remontée d’un coureur, qui ne serait que 3 minutes derrière moi. Merci Karine pour ce bon coup de pression qui m’aura reboosté. Je terminerai ces 7 derniers kilomètres « le couteau entre les dents ». Enfin « les crampes aux mollets » serait une expression certainement plus appropriée. Parceque je vais me faire violence dans cette dernière bosse pour ne pas me faire reprendre. Je repense à toutes ces courses où j’ai craqué si près du but et je me dis qu’à ce moment-là je veux gagner. J’ai mal au genou, je suis perclus de crampes, mais j’ai un mental à toute épreuve. Dans la dernière descente je donne tout : ça sera l’entorse ou la victoire.

J’arrive à Nant en me retournant toutes les 10 secondes, ce qui visiblement fait sourire les spectateurs. Puis vint la délivrance, l’entrée dans le parc et l’arrivée en vainqueur en un peu moins de 8h. Je suis exténué. Exténué, mais heureux d’avoir rendu une copie quasi parfaite !

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yohann 11/11/2015 08:36

Bravo coach!

DUDU 11/11/2015 04:50

Yialaaaats!
Superbe, félicitation!